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Reportage exclusif dans une mine de diamant en Angola

Reportage photographique professionnel dans une mine de diamant en Angola.

 

Founcafa,  un village perdu au milieu de l’Angola près de la frontière congolaise dans la province de Luna Norte.
Après 11 heures de route, les cent derniers kilomètres sont plus difficiles. Nous parcourons une piste en latérite
surlaquelle nous entrevoyons quelques rares plaques de goudron, témoignage d’une reconstruction récente déjà balayée
par la saison des pluies.
Ce village qui ne semble pas bien grand est habité par 30 000 personnes, ses rues sont jonchées de déchets et ne sont pas
goudronnées. Seule une décharge  à ciel ouvert dans laquelle les habitants déversent leurs ordures, borde la route principale.
Derrière ces ordures, en contre bas, la plaine, la savane qui s’étend sur des centaines de kilomètres, d’une beauté
digne des paysages de « out of Africa ». Très tôt, le matin, au lever du soleil, les nuages en contre bas de ce village perché
à plus de 1000 mètres d’altitude, nous dévoilent toute la beauté de l’Afrique.
Et encerclant les maisons, des mines, des mines de diamants, des no manslands des endroits interdits, où coule une rivière
que l’on aperçoit très loin dans la brume; un habitant du village me dit que l’eau regorge de diamants, ce qui a amené
l’homme à dévier son cours normal afin d’en exploiter son lit.

La mine de 7/7

Départ à 4h du matin,  il fait encore noir, j’embarque dans une Land Cruiser,  accompagné de gardes, armés d’une
kalashnikof  direction la mine de 7/7.
Après une heure de chemins de brousse, bordés de hautes herbes nous arrivons dans un endroit où plusieurs centaines
d’hommes travaillent 7 jours sur 7.
L’aube approche mais il fait encore noir. Ici et là au milieu de tentes  fabriquées avec quelques morceaux de bois
et couvertes de plastiques noirs, quelques feux où des hommes seulement chauffent de l’eau qui servira à faire leur café.  `
Certaines ombres portées par une pleine lune légèrement voilée lancent un « bom dia » .
Au loin on entend des voix, presque un chant qui se répète comme un écho « il faut se réveiller pour travailler »
(en portugais).
Le soleil se lève.  Le chemin que nous suivons depuis plusieurs minutes fait place à une plaine, avec un grand trou
devant nous, et au loin, plusieurs fumées témoignent de plusieurs campements encerclant des excavations remplies d’eau.
Il fait jour, un grondement se fait entendre, le moteur d’une pompe se met en route.
Elle permet d’évacuer les hectolitres d’eau qui ont recouvert la mine.
Autour du puits, les hommes (galiperos) arrivent un à un, ils discutent ensemble. Les uns ont des pelles en main, les autres
plus loin ont déposé sur leur épaule une courte lance qui semble assez lourde : il s’agit en fait d’une barre de mine pesant
plusieurs dizaines de kilos. Les silhouettes se détachent lentement. Les différents trous parfois assez profonds sont bordés
de petits sentiers comme  des petites passerelles à flan de montagne permettant aux galiperos de circuler au milieu de la mine.
Le travail commence, chaque galiperos  est affecté à un trou, son trou. Ces hommes se relayent afin de déplacer plusieurs
tonnes de terre à la force du bras au milieu du ronronnement des moteurs des pompes à eau.  Il faut parfois creuser à
plusieurs dizaines de mètres de profondeur une terre rouge et argileuse afin d’atteindre une couche composée de gravats
et de terre que l’on appelle « kachkai » ou gravier.  Il a fallu enlever des tonnes de terres et des milliers de litres d’eau
avant d’arriver à cette couche prometteuse.
Après ce travail exténuant, il faut amener la terre afin de la laver dans l’espoir d’y trouver des diamants.
Près de ces trous, se trouve une petite rivière artificielle formée par l’évacuation de l’eau.  Une heure à peine après
l’apparition du soleil, la température est déjà difficile à supporter. Les « creuseurs » lavent les tonnes de terres acheminées
la veille. Le geste est répétitif. Ces jeunes hommes pataugent dans ces mares, de l’eau jusqu’au genou, un tamis à la main
afin de séparer la terre de la caillasse.
Ce travail peut durer des heures, dans une chaleur infernale. Puis soudain on entend un cri de joie. Parmi des centaines
de petites pierres, surgit une pierre plus brillante, un diamant. Immédiatement, « le creuseur »  le passe à un de ses
collègues au sec qui l’enfuit dans sa bouche, ainsi placée dans un coffre fort naturel, protégé par une mâchoire et des
dents,  le diamant pourra rester en sécurité plusieurs jours en dessous de la langue.
L’organisation de ces excavations est régie par des règles assez strictes.
L’espace de creusage est délimité, ces emplacements sont payants, les hommes sont rémunérés pour leur travail et
en cas de découverte de pierres précieuses, ils les revendent à des acheteurs locaux et les sommes récoltées sont
réparties selon un ordre précis et établi à l’avance. Par exemple le financier peut toucher 50 % des revenus,
le solde étant distribué aux galiperos, sans oublier un certain pourcentage pour le chef coutumier du village,
propriétaire du terrain.  Certains groupes creuseront pendant des années sans rien trouver d’autres plus chanceux
pendant quelques mois et repartiront fortunes faites.
En Angola, l’origine des acteurs de terrain est mélangée, les galiperos sont Congolais, Ouest Africains,  et Angolais.
Certaines histoires invérifiables racontent que de riches Américains en quête d’aventures ont acheté à quelques
bandits de grands chemins quelques bouts de terre sur lesquels, ils n’ont jamais trouvé le moindre diamant !

Les acheteurs.

Après de nombreuses heures passées avec ses creuseurs, la jeep nous conduit chez un des nombreux
acheteurs que compte le village de Foucanfa.
André nous accueille ; il vit dans une grande bâtisse gardée par une véritable petite armée.
C’est dans cette maison que les galiperos, proposent leurs trouvailles jour et nuit.
L’acheteur, parfois accompagné de ses assistants congolais ou ouest africains, les reçoit
derrière son bureau, une table et surtout une lampe lumière du jour les séparant.
Parfois tout seul, parfois en groupe d’une dizaine de personnes, ils investissent ce lieu
synonyme d’espoirs.  La désillusion est parfois grande. Le diamant est régi
par des critères précis : son poids (nombre de carats), sa couleur (une machine permet de la mesurer avec précision)
ainsi que sa qualité. Absence de points noirs à l’intérieur.  Une liste remise régulièrement à jour
(selon le prix du diamant brut dans le monde)  donne à ces critères un prix objectif.
Il est 23 h. Un groupe de 6 galiperos se précipite dans le bureau. Le chef du groupe sort de sa bouche une petite pierre
pas trop brillante de sa bouche, la tend à Albert qui immédiatement prend sa loupe, l’observe attentivement,
la pèse et ensuite la place délicatement dans sa « machine à couleur ». Il regarde sa liste de prix, griffonne quelques chiffres
sur un papier, prend sa grande calculatrice et annonce un prix tout en montrant sa machine à calculer.
C’est à partir de ce moment que la négociation commence. André s’offusque, « à ce prix là jamais, je perds de l’argent ».
Les vendeurs essayent d’en avoir le maximum mais le marché c’est le marché.  André propose alors un prix intermédiaire,
prend les dollars dans son coffre, impose un prix et selon les cas allonge un supplément de 50 à 100 $ par homme
pour les motiver à revenir, s’ils trouvaient une grosse pierre ! Il le sait la concurrence est rude, les autres acheteurs
sont en embuscade !  La stratégie d’Albert c’est du marketing.
Il veut et doit être incontournable, les vendeurs doivent venir chez lui, Il promet une voiture (garée devant la porte)
à celui qui viendra avec une grosse pierre !  Chaque galiperos ressort avec un teeshirt au nom d’Albert.
Ils veulent souvent plus : un GSM, le coût du voyage (certains parcourent deux  ou trois heures de brousse avant
d’arriver au village)
Pour finir, Albert distribue de nouveau une volée de dollars en petites coupures  en leur souhaitant « bon courage »
Parfois un groupe arrive avec des yeux injectés, ils ont fumé du chanvre ou sont complètement saouls.
Là les négociations peuvent s’attarder devenir houleuses, entre l’acheteur et le creuseur et aussi entre creuseurs
s’ils ne sont pas d’accord pour le prix.
André a une seule obsession, il doit garder la confiance du vendeur, le galipero doit revenir. Un jour il reviendra sûrement
avec une grosse pierre.

40 carats

Il est 5h du matin, le téléphone sonne,  Albert est informé qu’une pierre de 40 carats a été découverte.
Les pierres de 40 carats sont rares (un peu plus petites qu’un dés à jouer) et sont fort convoitées. Albert est intéressé.
Le village de Founcafa,  regorge d’acheteurs potentiels prêts à tout pour acheter une telle pierre.
Mais qui sont les creuseurs, où sont-ils, Albert est connu mais le connaissent-ils,  est-ce une belle pierre,
ou n’est-ce qu’une rumeur ?
Albert a des informateurs dans toute la région : taxis, marchands en tous genres qu’il rétribue.
Il veut être le premier à la voir. Le premier à donner un prix. C’est impératif.
Celui qui favorisera la venue de pareille trouvaille sera grassement rétribué.
Je suis dans la cour intérieure de la maison fortifiée. La tension est palpable. Un Congolais pénètre dans la cour,
assez énervé. Les heures passent et de petits groupes arrivent et ne ressortent pas. Il semblerait qu’ils sont poursuivis
par la police et un assistant d’Albert me dit qu’il faut les cacher. Quelques heures plus tard Albert m’informe qu’il vient
d’acquérir une pierre de 40 carats, valeur d’achat environ 140 000 $ dans des conditions rocambolesques.
En effet la pierre serait, avant d’arriver chez lui, partie chez son voisin et concurrent ; le groupe de creuseurs emmené
par un pasteur du village qui a ses accointances chez le voisin. Heureusement, le groupe a été informé  à temps de la
mauvaise réputation du voisin.
A partir de ce moment Albert a un rôle d’assistance à jouer, il faut trouver un taxi passeur qui connaît les chemins,
la nuit à travers la brousse, et qui pourra les reconduire dans leur pays : le Congo. La frontière se trouve à trois heures
de route.
Avant le départ un agent style « western union » s’occupe d’acheminer l’argent. Il est trop dangereux de circuler avec
une telle somme.
La jeep est partie, la nuit tombée, silencieusement. Sont-ils arrivés à destination ?
Souvent ces groupes de creuseurs congolais dépensent leur argent sans compter dans leur pays pour revenir quelques
mois après, complètement fauchés.

TEXTE PHOTOS © OLIVIER POLET



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